Samedi dernier, je redécouvrais la cité la plus peuplée de l’Ain. Bourg-en-Bresse, 40 490 âmes. J’y étais déjà passé fin 2015, à l’occasion d’un reportage autour des Glorieuses de Bresse, festival de Cannes de la poulette. En fin de voyage, avec un petit groupe de journalistes, nous arpentions le monastère royal de Brou après un déjeuner au Français. Ah le Français ! Quelle belle adresse : décor Belle Epoque, clientèle bigarrée, sole meunière admirable, tuiles aux amandes et cerises à l’eau de vie servies avec le café… Le genre de brasserie vivante que l’on aimerait croiser plus souvent. Mais là n’est pas le sujet.

En ce 11 mars 2017, il était 19h17, j’avançais énergiquement dans le centre-ville à la recherche d’un anti-croque SNCF. Je n’ai rien contre la nourriture ferroviaire, il faut même reconnaître qu’elle s’est améliorée ces derniers temps, mais le compagnon de table entre deux (mauvaises) tranches de pain, j’ai déjà donné. Problème : nous sommes à Bourg-en Bresse et ce n’est pas insulter les habitants que d’écrire qu’en matière de bien manger, nous ne sommes pas loin du néant à cette heure-ci. La tenante d’un bar m’avait recommandé une sandwicherie finalement peu avenante. Un autre, boucher, s’excusait de l’offre morne composée pour beaucoup de vilains kebabs (il faut voir les merveilles en la matière préparées à Istanbul par des mains adroites). Autant dire que la perspective de jolie bectance à bord du train n°6504 (départ à 19h56) s’éteignait à feu vif. Déçu, je retrouvais le chemin de la gare en pensant que si j’étais ailleurs près d’ambassades ferroviaires, j’aurais pu me taper la cloche correctement (La Guérande à Saint-Brieuc, le Café du Levant à Bordeaux). Est-ce trop demander de vouloir boulotter avec honnêteté, et ce sans s’attabler ?

Et puis, à 200 mètres de mon point de destination, elle apparut. « L’Épicerie d’Olivier » qui, contrairement à son nom, est d’abord un restaurant. Sur la devanture, parmi les inscriptions figuraient « plats à emporter » et le petit logo « fait maison » qui indique qu’ici, on mijote, on cuisine. Je poussais la porte. Bonne nouvelle, la bibliothèque des lieux rassurante : L’encyclopédie des fromages, Pâtisserie! de Christophe Felder ou encore Cuisine et vins de France de Curnonsky. Ce soir-là, la serveuse, Wendy, proposa un « pavé de saumon sauce beurre blanc et petits légumes ». Le dessert ? « Nous avons de gros financiers traditionnels. Sinon, au pire, je peux vous emballer notre tarte aux pralines ». Va pour le pire, évidemment. Quinze minutes suffiront à mettre le repas sous sac. Coût total : 15,10 euros (9,60 pour le saumon, 4 pour la tarte, 1,50 pour la limonade artisanale).

Depuis le siège 41 de la voiture 3, je sentis les regards jaloux des passagers voisins. Et pour cause : le saumon était cuit rosé, les courgettes avaient du goût. La praline rose dégoulinait avec justesse sur le fond de tarte. Repas sans éclat mais pas sans panache. Je ne connais pas le nom complet du chef-patron mais je voudrais ici le remercier. C’est un héros du quotidien.


Pratique 

L’Epicerie d’Olivier – 8, avenue Alphonse Baudin – 01000 Bourg-en-Bresse – 04 74 21 04 59


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Ezéchiel Zérah / ©vincentdesplanche(Flickr)