Pourquoi apprécie-t-on un restaurant ? Parce que l’on y mange bien constitue une réponse évidente, qui tombe sous le sens commun. Mais elle largement insuffisante pour justifier certaines envies irrépressibles d’y revenir encore et encore. L’assiette est un pré-requis, le contrat de base irréductible. Plus que l’assiette, il faudrait peut-être se pencher sur la notion de caractère du restaurant, sur sa capacité à toucher le mangeur et lui faire passer une émotion sincère et partagée : la vraie réponse se trouve dans la surface de « contact » entre le client et le restaurant. Si les tables multi étoilées sont fortiches côté assiette, elle patine souvent dans la semoule côté empathie. Un sourire franc et une connivence non feinte valent mieux qu’un ramasse-miettes rutilant.

Salle de l’Orillon Bar (crédit – Lisa Klein Michel)

L’Orillon Bar, situé à quelques encablures du métro Belleville, ne dispose pas de ramasse-miettes. Ni de nappes d’ailleurs. La chaise peut être bancale, l’eau n’y est pas microfiltrée, le coude-à-coude peut être intense, et l’addition se paie au bar. Irait-on s’en plaindre ? Pas ici. Car le rade est vrai, le jus n’a pas été marketé façon bric-à-brac « tendance », spin-doctoré par un food-tendanceur : l’Orillon Bar respire la sincérité, le juste, l’authentique. Un concentré de vérité qui explose dans les propositions culinaires qui ignorent le slash, le name-dropping ou tout autre tendance du même acabit.

Œuf mayo ; cresson et lard ; tarte de haddock à la coriandre et raifort pour les entrées du déjeuner. Steak haché de bœuf fermier à l’ail des ours (saignant, c’est précisé sur l’ardoise !), champignons ; cabillaud effeuillé, guacamole et ricotta pour les plats principaux, servis avec carottes braisées. Soupe de fraises à la citronnelle et chantilly au citron ; panacotta, cardamome et zeste d’orange pour finir le repas. Simple et délicieux. Et tout cela pour des clopinettes, 15 petits euros, moins cher qu’un verre de vin dans certains restaurants… Le service est rapide, précis, adapté à la clientèle – du quartier et habituée – qui se bouscule pour avoir sa table. À chaque déjeuner, le menu change, c’est frais, c’est cuisiné, le verre de vin de la maison ne coûte rien ou presque. Le pain est frais, l’eau est fraiche. Des évidences pas toujours évidentes. Ici, personne ne se prend la tête, on vient juste manger, un petit comme à la maison, mais en mieux. L’adresse a du caractère, de la personnalité, du répondant. Ni bistronomique, ni gastronomique, l’Orillon Bar est simplement un bar que tout épicurien aimerait avoir en bas de chez soi. Simplement barfait.


Pratique

L’Orillon Bar – 35 rue de l’Orillon – Paris 11e arr. – Ouvert de 8h à 2h du matin tous les jours, sauf le samedi (de 18h à 2h), fermé le dimanche


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Franck Pinay-Rabaroust / ©Lisa Klein Michel