« Sémillant, sémillante : qui est d’une vivacité pétillante et gaie » dit le Larousse. Incontestablement, il y a de l’animation dans l’air chez Sémilla rue de Seine. La salle est pleine à craquer, nourrie de mangeurs enthousiastes visiblement heureux d’être là. En cuisine, chacun s’affaire à ciel ouvert. Le trio d’entrées démarre bien, c’est ludique, malin. Et puis arrive la grande assiette, axée autour de la carotte. C’est bon, généreux, sirupeux, velouté. Mais dans quelques  jours, on aura tout oublié. A l’image de la serveuse qui, volontaire, peine pourtant à décrire les propositions en détail. Les fans des lieux (parmi lesquels un certain François Simon) crieront au scandale, rétorqueront que nous n’avons rien pigé à la cuisine du tandem Thomas Estrader et Eric Trochon. Manque de bol, les deux compères sont aux abonnés absents ce midi…

D’autres diront qu’à 24 euros la formule déjeuner, il ne faudrait pas commencer à faire la fine bouche. Non, pas de plainte mais une simple remarque : il est des popotes marquantes à tous les niveaux. Et ce n’est pas le cas ici. Histoire de ne pas rester sur ce sentiment ni tout à fait satisfaisant ni tout à fait décevant, on demande trois desserts (pour deux). Tarte au chocolat, grué, sorbet muscovado. Gel de mandarine, crème noisette, meringue, poivre de Timut. Biscuit coco, céleri, avocat, sorbet mangue-citronnelle. Là, c’est un cran au-dessous. Non pas que ce soit mauvais. Mais les desserts ne dialoguent pas avec le client. Ils s’annoncent avec un enthousiasme bistronomique mais versent à côté. Sérieux mais sans charme, parce que les associations ne marchent pas vraiment. La chef pâtissière déserte elle aussi les cuisines. Il paraît que c’est mieux quand elle signe elle-même son travail.

Faut-il se rendre chez Semilla ? Éventuellement, si vous êtes dans le coin (encore que, le Comptoir du Relais est perché à 300 petits mètres). La maison ayant eu la bonne idée d’accueillir jusqu’à 14 heures, difficile de lui tailler un costard (pratique à la mode en ce moment). Il faudrait revenir et cultiver l’endroit en soirée, quand l’offre se met sur son 31. On le sait, comparer, c’est mal, surtout quand les quartiers ne se ressemblent pas. Pourtant, à tarifs moindres, on aurait préféré s’attabler chez Septime. Un véritable restaurant de destination avec ce quelque chose qui ne s’invente pas : le soupçon d’âme.


Pratique

Semilla – 54 rue de Seine, 75006 Paris – 01 43 54 34 50


Ezéchiel Zérah / ©Semilla