L’adresse nous avait été suggérée par le pâtissier Yann Couvreur lors d’un trajet à grande vitesse fin mars entre Paris et Nancy. Une boulangerie appréciée des locaux et touristes au point qu’on y fasse la queue à toute heure. New York a Dominique Ansel et sa horde de fans venus braver le froid pour repartir avec un ou deux Cronuts de saison (en ce moment, orange sanguine et amandes). Melbourne a la Lune, sa bakery fétiche depuis qu’un journaliste du New York Times s’est demandé, au printemps 2016, si les pièces de la maison n’étaient pas les meilleures de la planète. Rien que ça. Où sommes-nous donc ? Dans la seconde cité d’Australie, en plein cœur du quartier branché de Fitzroy où pullulent des tables végétaliennes et concept stores proposant de la vaisselle artisanale.

De passage à Melbourne pour couvrir la cérémonie annuelle des World’s 50 Best Restaurants, on s’est dit que cela aurait été dommage de manquer l’affaire. Alors nous nous sommes levés un peu plus tôt pour aller rejoindre la file un samedi. Il était 7h52, une bonne trentaine de personnes attendaient gentiment les uns derrière les autres alors que la boutique n’ouvrait ses portes qu’à huit heures ce jour-là. Le premier d’entre eux s’est pointé à 7h08. Une demi-heure après notre arrivée, nous passions commande en emportant notre sachet papier épais et marronné (une boîte en carton pour les plus gros achats).

Situation oblige, l’adresse fait dans le décor industriel minimaliste loin de la boulangerie franchouillarde où trônent des sucettes Chupa Chups et des guimauves enrobées de chocolat bas de gamme. Le laboratoire est vitré, ce qui permet d’apercevoir les employés à chignon, longilignes, malaxer la pâte crue. Face à eux, des sièges hauts destinés aux heureux élus ayant préalablement réservé en ligne leur session de dégustation (complètes jusqu’à fin mai). Tous partageront leur expérience en photos, autant de clichés qui viendront entretenir la légende de la Lune.

Ici, le plafond est haut, les murs en briques rouges, le sol en béton. Idem pour les deux comptoirs dont l’un est dédié aux boissons chaudes. Sur celui de gauche en passant par l’entrée principale, deux vendeuses, autant de tablettes électroniques et terminaux bancaires ainsi qu’une tripotée de viennoiseries alignées bien sagement. Le croissant se fait appeler traditional, les autres bijoux beurrés conservent leur appellation d’origine (« pain au chocolat », « kouign amann ») à l’exception de brioches feuilletées à l’Apérol Spritz, crème de citron et lamington (le dessert national australien) nommées cruffins. A côté des tarifs de l’enseigne, Pierre Hermé passerait pour populo. Jugez plutôt : 6 dollars (4,2 euros) la chocolatine, 11 (7,8 euros) le croissant à la banane.

Est-ce bon ? Soyons honnêtes : c’était franchement délicieux. Rivalisant sans peine avec celui d’Angelina, des Gâteaux et du Pain et de Morihide Yoshida, le croissant bombé renfermait un cœur humide, suffisamment pour glisser dans le palais, pas trop non plus pour se faire étiqueter « grassouillet ». Aérien, peu dans le sucre, sa partie croûtée ne tombait pas en miettes. A la limite, on aurait dû commander un chocolat chaud histoire de faire trempette. Vaillant lui aussi, le pain au chocolat à l’intérieur encore tiède.

Éduquée à l’ingénierie aérospatiale et à la Formule 1 avant de basculer vers la boulange en se formant au Pain et des Idées chez Christophe Vasseur dans l’Hexagone, la patronne de la Lune, Kate Reid, a réussi son coup à 17 000 kilomètres de là. Ses 3 000 pièces sucrés et salées (jambon-gruyère, mortadelle) produites chaque semaine font un tabac, se payant le luxe de s’illustrer en icônes au pays des kangourous. A Paris désormais de reprendre sa couronne…


Pratique

Lune Croissanterie – 119 Rose St, Fitzro3065 Melbourne, Australie – www.lunecroissanterie.com


Ezéchiel Zérah / ©Lune Croissanterie