C’est le genre de petite table que l’on voudrait partout : en bas de chez soi, en vacances, au bureau, aux abords d’une cité moyenne ou au cœur d’un village… Perché dans un quartier à fourchette assez morose, Quartier Rouge réveille les habitants du 20ème arrondissement de Paris avec sa bande-son bistrotière pas grand-mère. Le carrelage Mainzu et les chaises troquet, oui. Les serveurs fatigués, non merci. Adieu la cuisine bistro-conservatrice de Maigret, Chirac et du Tout-Saint Germain, bonjour les assiettes dissidentes entre les indétrônables (assiette de charcuterie, entrecôte-frites, mousse au chocolat), les modeuses (buratina aux trois tomates et pesto de tomate, risotto aux asperges et safran) et les ménagères malignes (croustillant de poulet aux herbes sauce aux prunes, filet de lieu jaune en aïoli et petits légumes, verrine ananas-mangue caramélisés).

Ici, les habitués sont légion et claquent la bise aux teneuses des lieux, mangent au comptoir, boivent debout à midi, parlent beaucoup et rigolent autant. Climat comme à la maison donc, en mieux (anti-blues garanti). Côté tarifs, état d’esprit identique : même en forçant, la ruine n’est pas pour demain, en formule (14 euros le combo entrée-plat, menu 17 avec hareng-pommes à l’huile, lieu noir-purée sauce balsamique et nage de fraises-basilic) comme en dehors (29-37 euros à la carte). Populo, ambiancé, gaulois libéré : le Quartier Rouge a tout de la cantine mélenchonienne. Dans les environs, le tribun de la France Insoumise n’a t-il pas enregistré son meilleur score parisien ?


Ezéchiel Zérah / ©EZ