Il y a l’éloge de table tricoté par les journalistes gastronomiques. Et puis il y a la critique vive, sévère, parfois cruelle même. Les plus anciens se rappellent de ce vieux de la vieille qui, à l’égard d’un repas à la Tour d’Argent, écrivait qu’un canard était mort pour rien. D’autres ont encore en tête ce plus jeune chroniqueur qui décrivait l’Arpège du chef Alain Passard de la sorte : « aucune émotion, aucune surprise, aucun effet, j’ai vulgairement mangé… Je me suis nourri tout simplement sans prendre de plaisir ». Après la récente critique au vitriol du Cinq par le journaliste du Guardian Jay Rayner, retour sur dix articles féroces à travers le temps.


1. Café Michalak (Paris) par François Simon (M Le Monde) / Mai 2017


Titre du papier dédié au récent Café Michalak ? « Rock’n Flop ». François Simon attaque d’emblée sur la nouvelle adresse sucrée-salée du pâtissier star Christophe Michalak, évoque « l’assise inconfortable » de l’endroit, dézingue le sandwich au pain au lait-noix-figue et gorgonzola qui « racle le sol avec une composition à se manger un fossé », idem pour le millefeuille « écœurant ». « Des plats pour shopping, sans âme » selon lui. « C’est sans doute en cela que nous aimons bien le café Michalak, et que, in fine, nous retrouvons son esprit rock. Dans son foutage de gueule ». Gloups.

=> Lire l’intégralité de l’article : lemonde.fr/m-gastronomie-le-lieu/article/2017/05/05/a-table-avec-francois-simon-rock-n-flop-au-cafe-michalak


2. Le Cinq (Paris) par Jay Rayner (The Guardian) / Avril 2017


Un assassinat  en 7 600 caractères. Voilà comment pourrait-on décrire l’article du critique gastronomique de l’influent journal britannique. « C’est de loin la pire expérience que j’ai vécue dans un restaurant en dix-huit ans de carrière ». Et le journaliste de poursuivre : mise en bouche ressemblant à « un implant mammaire en silicone taille gingembre », gratinée d’oignons « collante comme le sol après une boum d’adolescents », morceau d’agneau qui dissimule « d’inexistantes saveurs sous un tas de couscous », cheesecake au persil « immonde »… Jay Rayner n’y est pas allé de main morte à tel point que certains se demandent s’il n’aurait pas volontairement exagéré pour générer du buzz en amont de la sortie de son nouveau livre, The Ten Food Commandments (éditions Penguin Books).

=> Lire l’intégralité de l’article : www.theguardian.com/lifeandstyle/2017/apr/09/le-cinq-paris-restaurant-review-jay-rayner 


3. Heimat (Paris) par Emmanuel Rubin (Le Figaro) / Janvier 2015


Avec des formules qui n’appartiennent qu’à lui, le critique gastronomique du Figaro dresse un portrait peu flatteur du restaurant Heimat tenu par le chef Pierre Jancou. Emmanuel Rubin revient sur l’attente « une demi-heure entre chaque plat, le genre de suspense qui vous offre à fantasmer la recette avant de la méditer si ce n’est qu’à l’instant de s’y colter, ici, le néant se dispute au creux », qualifie la cuisine de « jeune mais datée », « tellement ennuyeuse qu’on la pose en équation en fin de cycle ». « Héros fatigué », Pierre Jancou se voit critiqué pour sa posture qui aurait changé en 15 ans dixit l’auteur.  » La souplesse a viré snobisme, la coolitude est devenue diktat, le tatouage a filouté le smoking. A eux, la caricature. A leur tour, le pédant (les menus uniques), les préceptes (la byodinamie vineuse), le pompeux (les prix). »

=> Lire l’intégralité de l’article : www.lefigaro.fr/sortir-paris/2015/01/27/30004-20150127ARTFIG00172-hache-menu-heimat-ou-les-mangeurs-imaginaires.php


4. Le Train Bleu (Paris) par Gilles Pudlowski (blog Les Pieds dans le Plat) / Novembre 2013


Si l’ex-journaliste des pages gastronomie du magazine Le Point se révèle souvent tendre, il sait aussi mordre. A propos du Train Bleu lové en territoire ferroviaire, il écrit : « Le lieu a de la ‘gueule’. Et heureusement car les plats en manquent ». Les croustillants de pieds de porc et d’escargots ? « Un bizarre goût de bouillon Maggi ». L’œuf poché comme les St-Jacques au fenouil ? « Trop cuits ». « Tarifs exorbitants » pour la carte des vins et café à 6,10 euros qui passe difficilement. Seule la « fausse » tarte Tatin se voit décrite comme « pas mal ».

=> Lire l’intégralité de l’article : www.gillespudlowski.com/83351/restaurants/paris-12e-pauvre-train-bleu


5. Guy’s American Kitchen & Bar (New York) par Pete Wells (The New York Times) / Novembre 2012


Voilà sans doute la première chronique qui a permis de forger l’aura incontestable de la plume à fourchette du journal américain. Son article publié chaque mercredi est très attendu et pour cause : si Pete Wells peut accorder une excellente note à une minuscule enseigne proposant des burgers végétaliens, il est aussi capable de férocité. En près de 50 questions, il démonte ainsi l’adresse new-yorkaise du restaurateur star Guy Fieri. Morceaux choisis : « Avez-vous mangé votre cuisine ? Pourquoi les guimauves ont-elles un goût de poisson ? Quand vous aurez une minute, verrez-vous ce qui s’est passé avec la soupe que nous avons commandée ? Avez-vous essayé cette boisson bleue, celle qui brille comme un déchet nucléaire ? ». L’homme ironise également sur très complexes nachos complètement ratés, se veut sévère avec un serveur qui lui a apporté une tasse d’eau chaude au lieu du chai demandé… En bref, une déconstruction progressive et totale.

=> Lire l’intégralité de l’article : www.nytimes.com/2012/11/14/dining/reviews/restaurant-review-guys-american-kitchen-bar-in-times-square.html


6. Saturne (Paris) par Franck Pinay-Rabaroust (Atabula) / Février 2011


Le fondateur et rédacteur en chef d’Atabula n’avait pas mâché ses mots après un dîner au restaurant Saturne chez le chef Sven Chartier. « Frustration dans l’assiette » qui laisse « sans émotion », « aucun signe pour se distinguer des confrères ». Franck Pinay-Rabaroust assénait plus tard : « Vous êtes Parisien, vous me l’avez dit comme si c’était un handicap face à un Breton ou un Normand armé de son riche terroir. Comme si être parisien empêchait de revendiquer une identité culinaire ». Le billet, vif, avait fait jaser lors de sa publication.

=> Lire l’intégralité de l’article : www.atabula.com/2011/02/19/sven-je-voulais-egalement-vous-dire


7. Anahi (Paris) par Roland Zemour (Télérama) / Août 2010


Une chose est sûre, l’ex-critique gastronomique du magazine Télérama ne reviendra pas chez Anahi, table sud-américaine du 3ème arrondissement de la capitale. Quelques mots pour s’en convaincre : maïs « si cuit et beurré qu’on a le sentiment de manger des grains de beurre ! », service « méprisant, « plus incompétent que décontracté », cafés « infects », « table sans âme, excessivement chère, idéale pour une rubrique ‘Voir, se faire voir et se faire avoir' ». Aïe !

=> Lire l’intégralité de l’article : sortir.telerama.fr/paris/lieux/restos/anahi


8. Le Jules Verne (Paris) par François-Régis Gaudry (L’Express) / Janvier 2008


Le 22 décembre 2007, le Jules Verne rouvre ses portes en grandes pompes avec Alain Ducasse à la barre. Un mois plus tard, à revers de la célébration générale, le critique gastronomique de l’Express remet l’endroit à sa place. La vue fantastique depuis la Tour Eiffel ? « Un petit bout de Ville lumière contre un début de torticolis » envoie le journaliste, mal placé. Le dos de bar ? « Cru », complètement raté donc. « On ne le décrochera pas cette fois-ci, l’astre de la nuit. De la Terre à la Lune, il y a encore un peu de chemin » conclut le billet au titre bien trouvé (Des hauts et… débat).

=> Lire l’intégralité de l’article : www.lexpress.fr/styles/saveurs/le-jules-verne-des-hauts-et-debat


9. El Bulli (Roses) par Jean-Claude Ribaut (Le Monde) / Juin 2001


Chroniqueur table et vin pour le quotidien du soir de 1993 à 2012, Jean-Claude Ribaut ne semble pas amadoué par le génie de Ferran Adria, pourtant adulé par les foodies du monde entier. S’il reconnaît le fascinant des 29 préparations servies, il considère qu’une poignée (bonbon gelé de whisky sour, paella Kellog’s) relève davantage de l’arnaque que de l’art culinaire.

=> Lire l’intégralité de l’article : lemonde.fr/archives/article/2001/06/20/ferran-adria-cuisinier-deconstructiviste


10. La Rôtisserie Périgourdine (Paris) par Henri Gault & Christian Millau (guide Julliard de Paris) / 1970


Avant de lancer le guide portant leurs noms, Henri Gault et Christian Millau s’épanchaient dans le Julliard de Paris. Trouvé, via le blog du journaliste Gilles Pudlowski, un commentaire sur le restaurant La Rôtisserie Périgourdine à qui ils accordent alors un cruel 4/20. « Nous n’en dirons plus jamais de mal. C’est le plus mauvais restaurant de Paris, c’est le plus mauvais restaurant de Paris… C’est le plus… C’est le… c’est le meilleur restaurant de Paris, c’est le meilleur restaurant de Paris. »


Ezéchiel Zérah / © mirzamlk