Il faut voir, à Paris et parfois au-delà, ces valeureux chevaliers de la bistronomie prendre des airs de matadors sous prétexte de leur statut de nouveaux héros de la scène à fourchette. Ce qui, avouons-le, n’est pas faux mais n’exclut pas la règle d’or : le client est roi.

A un quart d’heure de la gare de Bordeaux sévit au Taquin une équipe pleine de vie qui a tout pigé de la chose. Ici, pas de dictature du cool. Cuisine (Hadrien Lavaud, ex du Royal Monceau à Paris) comme pâtisserie (Marie Le Cossec, même formation) sont franches mais pas simplistes, malines mais pas torturées, Instagrammables mais pas gadgets, à l’esprit territorial sans excès patrimonial. Les pickles de concombre et la crème de fromage régionale s’accouplent à merveille, le magret de canard évite lourdeur et ennui avec une mousseline de chou-fleur et graines de moutarde, la mousse au chocolat très émulsionnée se fait relever de piment d’Espelette. C’est beau, (très) bon, ludique et presque donné (20 euros le menu déjeuner).

Malgré le succès et l’aura grandissante qui entoure Le Taquin, le boulot est réalisé sans ego. L’accueil est dans la même veine : amical et connaisseur. Maître de salle quand il ne rejoint pas son agence de communication, le patron Fabrice Thibault, 38 ans, anime avec brio son nouveau bébé armé de son énergie et de son look hip-hop.

« Bistrot et fabricant de cocktails » annonce le teneur des lieux. « Maison contemporaine de petits bonheurs » aurait-il pu titrer. Oui, le Taquin est joueur. Épatant aussi.

Pratique

Le Taquin – 1 quai Sainte-Croix, 33000 Bordeaux – 05 56 78 97 10 – letaquin.com

Auteurs

Ezéchiel Zérah